Entre 1975 et 1979, quelque 2 millions de Cambodgiens, soit un tiers de la population, sont morts sous la torture, d'épuisement ou de malnutrition, avant que le régime ne soit renversé par l'invasion vietnamienne.
La Cour, mise en place dans la douleur en 2006 et parrainée par les Nations unies, juge actuellement Kaing Guek Eav, alias "Douch", accusé d'avoir supervisé l'élimination de plus de 15.000 personnes à la prison de Tuol Sleng.
Après ce premier verdict, qui n'est pas attendu avant plusieurs mois, quatre autres responsables au profil plus politique du "Kampuchéa démocratique", Nuon Chea, Ieng Sary, Ieng Thirith et Khieu Samphan, sont en attente de jugement, eux aussi pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité.
Mais l'âge avancé de ces accusés et leur santé fragile font craindre qu'ils meurent avant d'entendre un verdict.
Roshane Saidnattar avait cinq ans, lorsqu'elle est devenue une "17 avril".
Ce 17 avril 1975, les khmers rouges ont investi Phnom Penh avant d'en ordonner l'évacuation, et tous les habitants sont devenus des "17 avril", des Khmers impurs qu'il fallait "rééduquer". Mais : "pour moi "rééduquer" ne veut pas dire tuer, il s'agit de persuader quelqu'un qui...blablabla" clame khieu Samphan dans un sourire d'innocence face à la caméra de Roshane Saidnattar.
Roshane Saidnattar a retrouvé Kieu Samphân. C'était en 2007. Elle a réussi à obtenir de lui une interview et a découvert un homme "rangé des voitures" comme on pourrait dire s'il ne s'agissait pas d'un personnage aussi abject. Khieu Samphân, à cette époque-là vivait une retraite paisible de propriétaire terrien principalement absorbé par les tracas causés par la perte de ses canards ou le rendement du soja - meilleur ou moins bon que celui du maïs... mmmh ? that's the question.
Quoi qu'il en soit, sans jamais lui dire qui elle est, Roshane Saidnattar a interrogé l'homme (il reste un homme, c'est peut-être cela le pire) dans son quotidien (il en a un, oui) et toute cette longue interview, somme toute ne nous apprend rien. Au mieux, elle serait un cours de cynisme. L'homme est une pourriture qui se retranche derrière une argumentation béton et répétitive, un déni incroyable, un manque fabuleux de vergogne. Etc. Quand même, ces minutes d'interview font voir la mort en face et froid dans le dos.
En parallèle de ce tête à tête avec l'ancien président du Kampuchea démocratique, Roshane Saidnattar a choisi de montrer une séquence également exceptionnelle, celle de son retour, avec sa mère, dans le village où elles vécurent leurs années noires. Une séquence poignante et qui illustre parfaitement la complexité des rapports que peuvent encore nourrir certains Khmers entre eux, trente ans après la "libération du pays".

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