Le président bolivien, Evo Morales, est conforté par l'adoption par référendum
de son projet de nouvelle Constitution, renforçant le droit des indigènes et le pouvoir de l'Etat sur l'économie. Mais l'opposition compte sur les élections de décembre pour barrer la route aux
réformes
Nouveau tournant dans l'histoire de la Bolivie. Le président de gauche Evo Morales a proclamé dimanche soir la «refondation de la Bolivie» après avoir obtenu plus de 60% de «oui» à son référendum
pour mettre en place une nouvelle Constitution. Ce texte renforce le droit des indigènes en Bolivie, qui depuis des siècles sont victimes de discriminations, notamment exercées par les élites au
pouvoir, descendants des colons européens ou métisses. Sur tout le territoire, parmi les 3,8 millions d'électeurs, de nombreux indiens s'étaient déplacés pour voter : le référendum a notamment
largement été approuvé dans les montagnes de l'ouest du pays, peuplées très majoritairement d'indigènes. Les populations des plaines orientales, majoritairement métisses, étaient en revanche dans
l'ensemble opposées à cette nouvelle Constitution.
Mais pour autant, tout n'est pas encore gagné pour le président : pour appliquer ses réformes, il devra avant remporter les
prochaines élections générales de décembre prochain. Une échéance qui s'annonce d'ores et déjà mouvementée, l'opposition n'ayant pas l'intention de baisser les bras. Mais pour l'heure, Evo
Morales préfère savourer sa victoire. Lui, le premier président indien de l'histoire du pays, est parvenu à renforcer la visibilité des siens. Dimanche soir, depuis le balcon présidentiel à La
Paz, il a proclamé la fin de l'Etat colonial «grâce à la conscience du peuple bolivien». «C'est la fin des immenses exploitations agricoles et des grands propriétaires» a-t-il lancé devant des
milliers de personnes réunies sur la place d'Armes, et «les changements seront irréversibles» a-t-il affirmé. Cette nouvelle Constitution accorde en effet une place prépondérante aux communautés
indigènes aymara et quechua du pays grâce à différentes mesures.
Séparation entre l'Etat et l'Eglise catholique
Parmi les plus importantes : l'autonomie politique accordée à 36 «nations» indigènes, qui permettra notamment une meilleure
représentation des indiens au Congrès. Le texte vise également à redonner leurs lettres de noblesse aux langues et traditions culturelles du monde indien, ces dernières étant tombées dans l'oubli
depuis plusieurs années. Il prévoit par ailleurs que l'Etat bolivien se sépare de l'Eglise catholique en devenant «indépendant» des religions, qu'il reconnaît toutes mais sans en privilégier
aucune. Parmi celles-ci, la reconnaissance du culte de la Pachamama -la Terre-mère- divinité omniprésente dans les religions andines. Une mesure très mal accueillie au sein des milieux
catholiques, qui pensent que l'Indépendance de l'Etat vis-à-vis des religions va ouvrir la voie à la légalisation de l'avortement et au mariage des homosexuels.
Le projet de Constitution prévoit également de renforcer les pouvoirs et prérogatives de l'Etat, essentiellement en ce qui
concerne les ressources naturelles du pays.
La nouvelle «Loi fondamentale» doit ainsi renforcer le contrôle étatique dans l'économie, après une première vague de nationalisations dans les secteurs énergétique et des télécommunications,
entreprises dès son arrivée au pouvoir, en 2006. Evo Morales suit ainsi l'exemple de ses confrères socialistes Hugo Chavez (Vénézuela) et Rafael Corréa (Equateur), qui eux aussi ont modifié la
Constitution pour pouvoir entreprendre leurs réformes, notamment en ce qui concerne la lutte contre les inégalités et le contrôle des ressources naturelles.
Mais la droite bolivienne -qui se situe essentiellement dans les régions prospères du pays- n'en démord pas : il lui reste
encore un an pour faire tomber Evo Morales dans les sondages. La droite mise notamment sur le contexte de crise économique et financière pour que l'actuel président perde les prochaines
élections, cruciales pour la mise en place de sa nouvelle Constitution.