Vie et travail d'un médecin tibétain

Publié le par FLOZEN


La médecine tibétaine est un système thérapeutique traditionnel pratiqué depuis plus de 2500 ans,  toujours en vigueur aujourd'hui malgré l'invasion et l'occupation continue du Tibet par la Chine

l'Institut de Médecine et d'Astrologie tibétaines sont  installés à Dharamsala, au nord de l'Inde. C'est là que les médecins tibétains reçoivent aujourd'hui leur enseignement; c'est là aussi que sont élaborés les spécialités pharmaceutiques.

La période d'apprentissage permettant d'obtenir la qualification de médecin tibétain est de sept ans au minimum. Afin de pouvoir comprendre les textes médicaux, les étudiants doivent au préalable connaître la linguistique, la grammaire et la poésie.

Les quatre premières années d'étude sont consacrées à la connaissance des quatre principaux tantras médicaux, ou rGyud-bzhi. Ce sont: le Tantra Racine, le Tantra Exégétique, le Tantra de la Tradition Orale, qui contiennent la méthode et les instructions, et le Tantra Résultant. Au cours de la cinquième année, des examens écrits et oraux sanctionnent la connaissance de ces tantras.

Pour la cinquième année et la sixième année, les étudiants sont envoyés à l'une des succursales de l'Institut de Médecine et Astrologie tibétaines, où ils reçoivent un enseignement pratique, sous la direction d'un docteur expérimenté. Il y a aujourd'hui plus de 30 succursales en Inde et au Népal, auxquelles il faut ajouter un grand nombre de clinique privées. La médecine tibétaine continue à être pratiquée au Tibet, bien que les Chinois aient détruit une grande partie de la tradition et de la culture. Elle a survécu parce qu'elle s'est révélée d'une grande utilité pratique.

La médecine tibétain est l'une des cinq sciences majeures; on la nomme gSoba Rig-pa, la science de la guérison. Elle utilise différentes sorte d'ingrédients, tels que plantes, arbres, minéraux, résines, terre, métaux précieux, sèves, etc.

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  une école  forme aussi les amchis (médecins tibétains traditionnels) à Kathmandou


 on peut visiter aussi le très officiel site  de médecine  et d'astrologie tibétaines  http://www.men-tsee-khang.org/index3.htm

 d'autres informations en français sur le site médecinetibet  (ci après un extrait )



Traditionnellement, au Tibet, l'espace a toujours été abondant et développé, avec un nombre réduit de grandes villes, au profit de l'existence de nombreux petits villages et avec la cohabitation de deux modes de vie majeurs : le nomadisme et l'agriculture.

Ce sont ces quelques énoncés qui ont été la base de l'organisation de la médecine tibétaine et de sa pratique par les Amchis (médecins) du Toit du Monde - ce sont pour ces raisons que l'on découvre des différences fondamentales entre la médecine que nous connaissons aujourd'hui en Occident, et les récits que peuvent nous faire des médecins tels que Amchi LungTok, dont la connaissance de la science de la médecine (" Gso ba rig pa ") est aujourd'hui en France d'une grande rareté.

Pour répondre à ce problème de distance, et au fait que les agriculteurs ou les nomades ne peuvent quitter aisément leurs troupeaux et voyager un ou plusieurs jours durant- d'autant plus lorsqu'ils sont malades ! , ce sont donc les médecins qui voyagent vers les malades plutôt que le contraire.

Se déplaçant de village en village, répondant à l'invitation ou la demande d'une personne ou d'une famille, la nouvelle de l'arrivée d'un médecin se répand généralement rapidement par le bouche à oreille. A son arrivée, ce n'est donc bien entendu pas un patient, mais bien plusieurs, parfois un grand nombre, qui attendront l'Amchi tant espéré. Les consultations se déroulent dans la maison de l'invitant, transformée à l'occasion en cabinet improvisé, avec d'un côté une salle d'attente, de l'autre une salle de consultation où le médecin donnera lui-même les traitements à ses patients.

D'horaires, le médecin tibétain n'en a pas. Que ce soit chez lui ou en voyage, il lui serait impensable de se mettre en vacances ou tout simplement en week-end. De jour comme de nuit, il est à la disposition de ses patients, prêt à partir à la demande d'un nomade venu à cheval le chercher pour une personne mourante, ou à recevoir en plein milieu de son sommeil une mère avec son enfant en difficulté.



C'est cet engagement corps et âme qui donnent aux médecins tibétains une aura très particulière et une véritable vénération de la part du peuple tibétain qui reconnaît en eux des êtres pleins de compassions envers leurs semblables. Car même la rétribution du médecin dépend, non pas du bon vouloir du médecin, ni même du coût du traitement, mais bien de la capacité que le malade ou sa famille a à le rémunérer.

Les liens entre patient et médecin sont plus forts que ceux que l'on peut connaître en Occident, notamment parce que c'est souvent le médecin qui a fabriqué les médicaments qu'il distribue à ses patients, et qu'il les a testé auparavant, pour s'assurer de leurs qualités positives. Il faut pourtant s'imaginer que les médicaments sont nombreux (le GyuShi en rescence plus de 2.000 !) et complexes puisqu'ils sont souvent l'alliage d'une vingtaine, voire trentaine, de plantes, minéraux et autres éléments naturels.

Viennent aussi renforcer les liens le fait que les villageois rejoignent souvent un groupe de médecins partis récolter des plantes pour alimenter leur pharmacopée et préparer les prochains médicaments. Ce type d'expéditions se termine parfois avec une dizaine de villageois en plus des médecins, en été ou à d'autres saisons, et ce pour le bien de tous sans nécessaire rémunération. Mais le travail de ramassage des plantes, notamment en montagne, est un art rude et difficile qui nécessite bien une aide extérieure, sans le volume des médicaments en serait diminué d'autant.

Lorsque les nomades ou les villageois rencontrent un ou plusieurs médecins, il n'est pas rare qu'ils les gratifient des meilleurs mets à leur disposition. Heureux de pouvoir partager leurs repas avec ceux qui sont leur dernier recours face à la maladie, ils leur apportent yaourts frais, viande, repas de midi ou du soir, avec du bois et de la bouse séchée pour faire le feu. Ce qui, à y regarder de plus près, n'est pas sans une certaine logique : en effet, tout le temps que le médecin ne passera pas à ramasser du bois, il pourra le consacrer à ramasser des plantes médicinales ou accorder des consultations à des villageois trop heureux de voir passer près de chez eux un médecin en chair et en os !

 



L'admiration des tibétains s'est cristallisée dans un proverbe qui témoigne, avec l'humour vif qui caractérise le pays, de la grande disponibilité des médecins et de leur entourage, d'une part, et d'autre part, de la vénération dont ils sont l'objet. Ce proverbe dit en effet : " La mère d'un médecin est plus compatissante que la mère d'un Rinpoché [grand maître spirituel bouddhiste]. En effet, lorsque le médecin part soigner une personne gravement malade, sa mère s'inquiète beaucoup de la santé du patient de son fils, de l'heureux dénouement du traitement. Mais lorsque un Rinpoché part rendre visite à un disciple, sa mère s'inquiète beaucoup du confort de son fils, de sa nourriture, et même de l'argent qu'il recevra ! ".

Mais la véritable tradition tibétaine s'efface peu à peu pour laisser place à des schémas d'organisation plus proches de ceux connus en Occident. On rencontre encore les médecins dans les villages, mais ils sont nombreux aujourd'hui à intégrer des hôpitaux, qui utilisent des méthodes traditionnelles et modernes - ces hôpitaux se situant eux-mêmes dans des villes, loin des nomades ou encore de nombreux agriculteurs.

Par ailleurs, les médicaments sont fabriqués en des quantités plus importantes, car la demande a beaucoup augmenté (il faut voir à ses facteurs des causes multiples, dans lesquelles la connaissance de la médecine tibétaine n'est pas étrangère).

La situation en ville, la demande des plantes rendent donc le ramassage plus difficile, notamment parce que les plantes se raréfient et que les médecins se heurtent dorénavant à des propriétaires réticents à voir leurs terres s'appauvrir plus encore

Publié dans Népal-Tibet

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